Pour vivre vieux soyons vaccinés !

Nous vivons plus vieux et voyageons plus aujourd’hui qu’hier. Autant le faire en santé. Quand on sait que chez une personne âgée, l’infection par un virus ou une bactérie peut entraîner des réactions plus graves que chez une personne jeune, on comprend mieux l’importance de la vaccination au-delà de l’âge de 60 ans.

« Il existe dans notre pays, un problème fondamental de gestion de la vaccination des adultes », constate le Dr Yves Van Laethem, spécialiste en Médecine interne et Maladies infectieuses. « Il n’y a plus rien de prévu dès l’adolescence et l’âge adulte. Nous n’avons aucune carte officielle qui nous suit, aucun système de traçage. Or il est clair qu’on pourrait prévenir pas mal de maladies supplémentaires si on avait des échéances vaccinales qui soient rappelées au médecin traitant et/ou au patient. » En attendant que soit trouvée la meilleure procédure pour y parvenir (lire notre article « La vaccination des séniors, une priorité politique »), voici un petit rappel des vaccinations recommandées aux personnes âgées de 60 ans et plus, justifications à l’appui.

Le tétanos et la diphérie, tous les 10 ans

Répandu dans le sol, le microbe du tétanos peut pénétrer dans l’organisme à travers une plaie souillée. Dans notre pays, il frappe encore chaque année au moins 5 à 10 personnes, dont une majorité ont plus de 50-60 ans.

« Depuis des décennies, la médecine du travail a globalement vacciné plus d’hommes que de femmes », explique le Dr Van Laethem. « N’ayant ni service militaire ni travaux lourds impliquant des vaccinations, les femmes n’étaient plus vaccinées du tout lorsqu’elles avaient 60 ans et ce depuis quarante ou cinquante ans. C’est ainsi que c’est plus des femmes qui paient aujourd’hui un tribut au tétanos et des personnes plutôt âgées parce qu’effectivement, elles ont quitté le circuit du travail et n’ont plus été vaccinées depuis longtemps. » Et le tribut est lourd. Parfois mortel, le tétanos est à l’origine de crampes musculaires douloureuses pouvant entraîner la paralysie des muscles respiratoires et donc l’asphyxie de l’individu.

Le microbe de la diphtérie n’est par contre plus en circulation dans nos régions mais il existe encore dans les pays en voie de développement et, plus près de chez nous, dans certains pays de l’est. La diphtérie se manifeste comme une forte angine, avec au niveau de la gorge, des douleurs et la formation de paquets blanchâtres qui peuvent éventuellement asphyxier le malade. Le microbe sécrète par ailleurs des toxines qui viennent à circuler dans le sang, provoquant des problèmes cardiaques et neurologiques.

« La diphtérie ne frappe plus depuis des décennies dans notre pays », souligne Yves Van Laethem. « Mais les épidémies apparues aux portes de l’Europe, en ex-URSS, il y a une dizaine d’années, ont soulevé une grande crainte que la maladie ne puisse resurgir et c’est ainsi qu’a été créé un vaccin adapté à l’adulte joignant à la fois le tétanos et la diphtérie. Et comme ces vaccins s’administrent avec la même fréquence, il était pratique de les donner simultanément. »

CONSEIL

Pour être certain d’être protégé en permanence contre le tétanos et afin de se protéger contre d’éventuels cas importés de diphtérie, la vaccination tétanos-diphtérie est recommandée tous les dix ans.

Le pneumocoque, tous les 3 à 7 ans

La cause la plus fréquente de pneumonie, surtout chez les personnes âgées, est un microbe qui s’appelle le pneumocoque. Présent à certains moments dans le fond de notre gorge, il peut causer des infections des voies respiratoires supérieures (la gorge, les oreilles et les sinus) ou inférieures (les bronches et les poumons).

« Chez une personne âgée de plus de 60 ans, le pneumocoque peut provoquer plus souvent des pneumonies et de manière plus grave », indique le Dr Van Laethem qui rappelle que la pneumonie est une véritable infection du poumon et n’est pas à confondre avec la bronchite (inflammation des bronches), fréquente en hiver. Avec de fortes fièvres, une difficulté respiratoire et des douleurs dans le thorax, la pneumonie est plus grave en conséquences. Une fois le microbe installé dans le poumon, il peut passer dans le sang et donner lieu à une septicémie à pneumocoque (infection généralisée) qui peut s’avérer mortelle. « Plus fréquente et plus grave, elle est donc doublement importante à prévenir chez les personnes âgées », insiste-t-il.

La pneumonie est traitée par antibiotiques. Malheureusement, le pneumocoque est devenu résistant à certains d’entre eux. « C’est une autre raison pour essayer de prévenir les infections à pneumocoque par l’intermédiaire d’un vaccin qui va agir avant que le microbe ne s’installe dans l’organisme et ne donne la maladie », souligne Yves Van Laethem. Actuellement, le vaccin contre le pneumocoque destiné aux adultes protège pendant une période variant entre trois ans et sept ans, selon l’intensité des moyens de défense de l’individu vacciné. Même si, globalement parlant, le taux d’efficacité de ce vaccin chez les personnes de plus de 60 ans est évalué à environ 60%, « c’est une protection bien prouvée contre la septicémie et rien que pour diminuer la mortalité liée au passage du microbe dans le sang, il justifie tout à fait son emploi », estime notre spécialiste.

Par ailleurs, les recherches portent actuellement sur un nouveau vaccin, qui serait une modification du vaccin contre le pneumocoque actuellement commercialisé pour les enfants. Un vaccin ‘conjugué’ qui possède la propriété de mieux stimuler les moyens de défense de l’organisme, permettant ainsi d’avoir une réponse plus franche, plus importante et surtout plus durable dans le temps, explique le Dr Van Laethem. « Il est censé protéger pendant de très nombreuses années, et peut-être à vie sans que ceci ne soit encore démontré actuellement. Ce vaccin conjugué, adéquat pour l’adulte, n’existe encore nulle part dans le monde. Les recherches sont en cours. Il ne faut pas l’espérer avant au moins cinq à sept ans sauf surprise, mais c’est certainement dans cette direction-là que l’espoir réside. »

CONSEIL

La vaccination contre le pneumocoque est recommandée dès l’âge de 60 ans, avec un rappel tous les 5 à 7 ans.
Pour les personnes atteintes d’une pathologie qu’on sait favoriser l’infection invasive à pneumocoque (bronchite chronique, décompensation cardiaque, …), elle est indiquée dès l’âge de 45 ans.

La grippe, tous les ans

Les virus de la grippe (Influenza) existent dans le monde entier. Dans nos pays tempérés, ils ne sévissent que durant les mois froids, de novembre à février-mars, parce que l’organisme est partiellement fragilisé et que les transmissions en sont facilitées. Par contre, dans les pays en voie de développement, le virus de la grippe circule pendant toute l’année.

Ce sont des virus en perpétuelle mutation. Des souches différentes apparaissent chaque année. C’est pourquoi un nouveau vaccin est mis au point avant chaque hiver. « Ces vaccins protègent contre la véritable grippe », tient à rappeler le Dr Van Laethem. « Ils ne protègent absolument pas contre les affections virales banales (comme le rhume) que nous allons tous faire durant l’hiver à plusieurs reprises, et qui sont dues à des virus différents pour lesquels aucun vaccin n’existe. »

Le taux de protection du vaccin contre la grippe varie en fonction de l’état de santé et de l’âge de l’individu vacciné : de 70 à 80% chez une personne jeune et en bonne santé, de 60 à 70% chez les personnes de 65-70 ans et, dans certaines circonstances, de moins de 50% chez les personnes particulièrement âgées ou atteintes de plusieurs autres maladies. « Il n’empêche que le vaccin contre la grippe est celui qui a le mieux prouvé son efficacité et son pouvoir protecteur pour les adultes en tout cas », affirme le Dr Van Laethem. « C’est un des rares vaccins à avoir montré clairement un gain net en vies humaines. »

Car la grippe n’est pas une maladie banale; elle peut avoir des conséquences graves voire mortelles chez les sujets à risque de complication comme les personnes âgées et les malades chroniques. Déjà fragilisés par la grippe, ils risquent une aggravation de la maladie préexistante ou le développement d’une pneumonie. « Quand on a la grippe, l’infection est généralisée mais atteint entre autres très fort le poumon. C’est pour ça que la toux fait partie des symptômes importants de la grippe en même temps que les frissons, la sensation d’avoir mal partout et les fortes fièvres », précise notre spécialiste. « C’est un virus et ce virus va abîmer les cellules du poumon à différents endroits et donc fragiliser les moyens de défense du poumon. Si, en plus du virus de la grippe, un microbe atteint le poumon - et le plus fréquent est le pneumocoque, il va pouvoir se multiplier et stagner plus longtemps dans le poumon, facilitant l’infection. C’est pourquoi quelqu’un qui fait une infection grippale a plus de chance d’attraper une pneumonie, essentiellement à pneumocoque. Et comme ce sont justement les personnes âgées qui font les plus grosses grippes, et que ce sont elles qui ont le plus d’ennuis avec le pneumocoque, on comprend mieux l’importance à cet âge d’une vaccination contre la grippe. »

Pour le Dr Van Laethem, l’avenir passe par la vaccination des enfants contre la grippe et le développement d’une vaccination par voie nasale. « Les enfants font la grippe beaucoup plus souvent qu’on ne le pense et ils sont aussi un foyer de transmission vers les personnes âgées notamment. Pour vacciner les enfants, une vaccination par voie nasale, actuellement en cours de développement, est hautement souhaitable. » Reste à voir si elle sera souhaitée par nos autorités…

CONSEIL

La vaccination contre la grippe est recommandée chaque année, entre la fin du mois de septembre et le début du mois de décembre. Elle vous protège tout l’hiver.


Myriam Marchand
Article rédigé en octobre 2004