A quand une vaccination de nos enfants contre la varicelle ?

Alors qu’une vaccination universelle des enfants contre la varicelle a été mise en place depuis 1995 aux Etats-Unis et plus récemment en Australie et au Canada, l’Europe reste réticente. Seule la Finlande s’est prononcée pour une vaccination contre la varicelle, mais limitée aux enfants sans antécédent de varicelle ou de zona.

La vaccination dite ‘universelle’ telle qu’elle a été mise en place aux Etats-Unis en 1995, consiste à l’administration systématique d’une dose de vaccin à tous les nourrissons âgés de 12 à 18 mois ainsi qu’aux enfants âgés de 18 mois à 12 ans sans antécédent de varicelle ou de zona. La réticence des pays européens à appliquer le même système s’explique par plusieurs raisons.

Vacciner tout le monde

L’évolution des données épidémiologiques aux Etats-Unis montre effectivement que la vaccination est bien tolérée et efficace : entre le 1/1/1995 et le 31/12/2001, ce pays enregistre une diminution de 87% des cas de varicelle, surtout chez les enfants de 1 à 4 ans, une réduction de 70% des hospitalisations dues à la varicelle et le nombre de décès attribuables à la varicelle est passé de 100 à 9 cas par an.

Mais, comme le souligne l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), pour être efficace, cette vaccination nécessite d’obtenir une couverture vaccinale élevée assez rapidement. Car la vaccination d’une partie seulement de la population risque de déplacer les cas de varicelle au sein de la population adulte non vaccinée. Or chez les adultes, la maladie est généralement plus sévère et les complications plus fréquentes (voir « La varicelle de A à Z »).

D’autre part, une couverture vaccinale élevée diminue la probabilité de rencontrer le virus concerné. Or la rencontre d’une personne vaccinée avec le virus contre lequel elle est vaccinée provoque ce qu’on appelle un ‘rappel naturel’. C’est-à-dire que pour se défendre contre le virus, l’organisme développe encore plus d’anticorps, ce qui renforce la durée de protection du vaccin. S’il y a moins de virus de la varicelle en circulation, il y aura donc moins de ‘rappels naturels’ et la protection par le vaccin sera probablement de moins longue durée. A moyen ou à long terme, on pourrait dès lors voir apparaître plus de cas de zona (réactivation du virus de la varicelle – voir « La varicelle de A à Z ») chez les personnes âgées.

Rappelons que pour qu’un virus disparaisse totalement et que la maladie qu’il provoque soit ‘éradiquée’, il faut que plus de 95% de la population soit vaccinée. Quand le virus ne survit que dans le corps humain et que le corps humain s’en protège par la vaccination, il finit par disparaître. Or un tel taux de protection n’est obtenu à l’échelle mondiale qu’après des décennies. Jusqu’ici, seul le virus de la variole a totalement disparu de la planète.


Vacciner à long terme

Il persiste par ailleurs des inconnues quant à la durée de protection des vaccins contre la varicelle. Des données récentes suggèrent qu’un rappel de vaccination ou une vaccination systématique à deux doses chez les jeunes enfants (au lieu d’une seule comme procédé actuellement aux Etats-Unis) est souhaitable pour obtenir une efficacité optimale.

Et avoir les moyens de vacciner

On le voit, de nombreuses questions doivent encore être abordées avant de faire de la vaccination contre la varicelle, une priorité de santé publique. D’autant qu’envisager la vaccination systématique de toute une population représente un coût financier important. « Dans les pays européens, où une recommandation devient rapidement synonyme d’une intervention financière de la Santé publique, la notion de priorité dans l’élaboration du calendrier vaccinal se pose davantage qu’aux Etats-Unis », explique Jacques Senterre, professeur honoraire de Pédiatrie à l’Université de Liège. « Il faut éviter les recommandations instaurant une médecine à deux vitesses ». Il ajoute que sont actuellement en cours de développement des vaccins associant, en une seule injection, le vaccin contre la varicelle au vaccin rougeole-rubéole-oreillons (RRO). « Ils faciliteront la mise en place d’une vaccination de tous les nourrissons, en ayant l’assurance d’une couverture vaccinale élevée. »

L’apparition de ce vaccin quadrivalent lèvera peut-être les dernières réticences européennes mais les obstacles à l’introduction de la vaccination contre la varicelle dans notre calendrier vaccinal sont encore nombreux.

Myriam Marchand
3/11/2004

Les grandes lignes de cet article se basent sur un travail de Jacques Senterre, professeur honoraire de Pédiatrie à l’Université de Liège, paru dans la Revue Médicale de Bruxelles en juillet 2004 (Rev Med Brux 2004 ; 25 : A 223-6).

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