
La vaccination, un phénomène de société
Mode de vie, tradition familiale, témoin d’une société en évolution, la vaccination n’est pas qu’une réalité médicale, une formidable innovation de la médecine. C’est aussi un vécu. Et c’est au travers de ce vécu qu’il faut chercher à comprendre les raisons qu’ont les uns et les autres de l’adopter, de la rejeter ou de l’ignorer…
|
AVERTISSEMENT !
Afin de donner aux lecteurs un aperçu des idées qui prévalent au sein de l’opinion publique en matière de vaccination, nous avons tenu à insérer dans cet article (encadrés), quelques avis recueillis auprès de personnes âgées et d’infirmiers, aide-soignants et aide-ménagères en contact régulier avec des séniors. Ces opinions ne sont pas à prendre pour argent comptant. Elles sont le résultat d’une vision personnelle et subjective de l’intéressé, et parfois le reflet d’idées reçues non validées par la littérature scientifique. Elles n’engagent que leurs auteurs. Pour des informations complètes et basées sur des consensus scientifiques, n’hésitez pas à consulter les autres chapitres de ce site.
|
Les traditions familiales
« La vaccination, ça fait partie des modes de vie, des traditions médicales qu’on a transportées avec soi tout au long de sa vie, et des milieux sociaux et culturels dont on provient », explique Myriam Leleu, sociologue et gérontologue. « Il y a des familles où on vaccine et des familles où on vaccine moins. Que ce soit en accord ou en opposition, chacun réagit en fonction de ce qu’il a vécu avec ses parents ou grand-parents. Il y a là tout un passé qui va conditionner notre actualité et le fait qu’on va se faire vacciner ou pas. »
« Mon grand-père était un militant mutuelliste, favorable à l’idée qu’il vaut mieux prévenir que guérir », explique une dame d’une soixantaine d’années. « Il était donc très branché sur la médecine préventive. Ma maman a embrayé dans la même direction et j’ai suivi comme cela. »
|
Le regard sur la médecine et la santé
Pour Myriam Leleu, il est important de réfléchir en termes de génération. « Dans la génération des très âgés (80, 90 et 100 ans), il y a encore l’idée de nature, laisser faire la nature. En milieu rural aussi. C’est une idée qui peut encore rester prédominante. Dans les plus jeunes âgés d’aujourd’hui (60 à 70 ans), il y a certainement une propension plus facile à aller vers la vaccination parce que c’est une génération très médicalisée. La vaccination était considérée comme une amélioration forte de l’hygiène de vie. Par contre, la génération des quadragénaires actuels a remis en cause certaines formes de vaccination. Parce qu’aujourd’hui, on réfléchit plus sur les effets de l’hypermédicalisation. Donc il y a des gens dans cette génération qui ne vaccinent pas nécessairement leurs enfants par rapport à tout. »
Cela veut-il dire que les quadragénaires d’aujourd’hui risquent de ne pas se faire vacciner une fois âgés ? « Ce n’est pas sûr », poursuit Myriam Leleu. « Il faut voir dans vingt ans ce qu’on aura proposé sur le marché de la vaccination, de la santé, sur la manière dont cette génération va développer sa santé à long terme. Les jeunes adultes d’aujourd’hui ont sur la santé, un regard différent de celui de la génération qui les précède. On va vers l’écologie, vers le manger bio, et en même temps on va vers les OGM et l’industrialisation totale de la production alimentaire. Qu’est-ce que ça va amener en termes de conséquences sur la santé et qu’est-ce que cette génération va développer comme réaction physique, physiologique et psychosociale ? Il y a aussi tout le développement des médecines parallèles dans lequel on entre de manière plus vive dans la génération des quadragénaires actuels que dans celle des sexagénaires qui, eux, ont cru aux antibiotiques. Est-ce que les gens qui s’orientent vers la médecine homéopathique - où on prône plutôt la non vaccination ou un minimum pour que le corps se batte par lui-même - vont vouloir se faire vacciner contre la grippe à 60 ans ? Je n’en sais rien, mais ils auront un regard, un questionnement différent. »
« Je prends pendant 3 mois un médicament homéopathique qui me protège contre les rhumes, les bronchites… Cela renforce mon immunité naturelle contre certaines maladies d’hiver mais je ne me fais pas vacciner », explique un sénior.
« C’est bien d’avoir la grippe comme cela le corps s’immunise et fait ses propres anticorps, il est plus fort après », estime une aide-soignante travaillant en maison de repos et de soins. Et son collègue d’ajouter : « il ne faut pas vacciner inutilement. »
« Je me ferai vacciner contre la grippe, mais d’un autre côté, je pense que mon corps se défendra tout seul contre cette maladie », intervient une aide familiale. « La vaccination doit rester un libre choix. »
« Il faut bien que les gens meurent un jour », s’exclame un infirmier qui ne souhaite pas être vacciné contre la grippe bien qu’il travaille avec des personnes âgées. « Ils sont vaccinés contre tout actuellement. Le médecin conseille certaines vaccinations aux personnes âgées, mais moi, si je suis malade, je me mets en arrêt. » « Je refuse parce que c’est du business », renchérit son collègue. « Que l’on vaccine le Sud et pas que le Nord de la planète. Que l’on vaccine les gens à risques (sans domicile, etc). On ne connaît pas les conséquences à long terme d’une vaccination », poursuit cet infirmier pour qui « il faudrait plus informer les gens. Moi, je ne sais pas, donc je préfère ne pas me faire vacciner. »
|
Le regard sur les relais de l’information
« Chaque génération a aussi son regard sur les campagnes de vaccination en fonction de l’état de santé individuel et collectif. On a une interprétation, des représentations sociales, des images en fait qui se propulsent à notre esprit, données par les médias, par l’information publique, données par les milieux sociaux et culturels dans lesquels on fonctionne, et données par un effet générationnel, la génération dans laquelle on vit, on grandit, on vieillit », estime notre sociologue. « Dans la génération des plus de 60 ans, on se réfère à son médecin généraliste, considéré comme le détenteur du savoir médical, du savoir que l’on doit avoir sur l’organisme biologique et physique. Mais ce médecin, on va le choisir en fonction notamment de la vision qu’on a de ce que doit être la santé. L’allopathe pur et dur va certainement conseiller la vaccination, l’homéopathe pas nécessairement. »
« Je vais chez un médecin qui n’est pas tellement pour la vaccination, justement le vaccin contre la grippe parce qu’il dit que ce n’est pas tellement sûr », indique l’une de nos témoins entre 50 et 60 ans. « C’est un homéopathe donc il n’est pas tellement pour ce qui est vaccins. » « On entend des échos dans les deux sens », poursuit une autre. « J’ai eu la grippe encore plus fort que les autres années même vaccinée… Et parfois le médecin dit que vous aurez peut-être la grippe mais moins fort que si vous n’êtes pas vacciné. Il y a plusieurs avis. » « Moi, je l’ai fait contre la grippe », renchérit une troisième. « Mais je n’ai pas encore été vaccinée contre le pneumocoque. J’écoute ce que mon médecin me dit. Le jour où il me dit de le faire, je le ferai. »
|
Le vécu du vieillissement
« Je pense que c’est important de voir l’individu vieillissant par rapport à la vaccination », indique encore Myriam Leleu. « Sentir qu’on vieillit, c’est sentir qu’on marche un peu moins vite, sentir qu’on respire de manière un peu différente, sentir que la mémoire n’est plus tout à fait la même, et c’est le ressenti d’une forme possible de fragilisation. Pour certains, cette fragilisation est dépressionnaire, ça fait peur, ça donne de l’angoisse et donc parfois une attitude pessimiste sur la vie. Pour d’autres, on ‘vit avec’. Et peut-être que la manière dont on a vécu sa vie conditionnera les réactions à l’idée d’une vaccination. Une personne âgée qui vit sa vieillesse de façon pessimiste pourra soit vouloir se protéger, soit rejeter de façon abrupte toute idée d’insécurité liée à la vaccination. »
« Pourquoi irait-on chez le médecin quand on ne sent rien », déclare un optimiste de plus de 80 ans. « Si je devais tout prévoir dans la vie, je me ferais vacciner contre les maladies tropicales ! Je ne vois vraiment pas pourquoi j’irais me protéger contre des maladies dont je ne connais pas les réactions ». Vaccinée contre la grippe et le tétanos, sa femme ne souhaite pas se protéger contre les infections à pneumocoque. « Je ne connais pas cette maladie », avoue-telle, « c’est pour ça que je ne me fais pas vacciner ». Et d’ajouter en riant : « Je n’aurai pas cette maladie, je le sens ! ».
|
La méconnaissance des vaccins
« Il faut voir ce que l’on sait du vaccin, ce que signifie le vaccin pour chacun », poursuit Myriam Leleu. « La vaccination peut être considérée comme une atteinte à l’organisme physique puisqu’il s’agit d’introduire, par une piqûre, un corps étranger. Et il existe tout de même une inquiétude par rapport à ce corps étranger. Que vont-ils mettre dans mon corps ? Est-ce que ça va être bon pour mon corps ? »
Par ailleurs, « des doutes persistent sur l’efficacité de la vaccination et l’idée qu’un vaccin peut provoquer la maladie circule encore aujourd’hui. Ce doute peut agir dans le sens d’un refus de la vaccination. C’est une réalité médicale connue par les médecins, mais dans l’esprit de tout en chacun, il se développe à nouveau en fonction des modèles culturels, des familles dont on est issus et qu’on a créées, et va varier en fonction des valeurs qu’on a sur la vie. »
« Pour la grippe, on hésite très fort parce qu’on attrape tout de même la grippe avec le vaccin, mais moins fort », affirme une dame de plus de 60 ans. « C’est l’entourage et le médecin qui fait que l’on décide ou non de se faire vacciner », ajoute une autre. « J’ai une voisine qui approche les 80 ans et qui se fait vacciner chaque année. Et chaque année elle est malade au moment où elle se fait vacciner. Cela ne m’encourage pas. ». « Moi aussi, mon entourage me fait penser que ce n’est pas efficace », intervient sa voisine, « car ceux qui ont été vaccinés contre la grippe, soit ont été malades à cause du vaccin, soit ont attrapé la grippe malgré le vaccin. » « Il faut voir son cas personnel », pondère une autre sénior. « Moi, je fais chaque année le vaccin contre la grippe et ça me convient très bien. Il y a très longtemps que je n’ai plus eu de grippe ou de température. Mais ma maman qui a 83 ans est très fragile des bronches ; elle développe souvent des allergies. Dans son cas, on hésite un peu à la vacciner car on ne sait pas quelle va être sa réaction. »
« Je suis contre les vaccins parce qu’on ne prévient pas les gens des effets secondaires de ces vaccins », s’insurge un infirmier en contact régulier avec des personnes âgées. « Certains médecins sont pour et d’autres contre. Moi, la vaccination, je ne prends plus ».
« Je ne suis jamais malade bien que je sois en contact avec des personnes âgées et des enfants », affirme une aide-ménagère. « Je ne vois pas la nécessité de me faire vacciner. »
|
La notion de responsabilité
« Nous vivons dans un monde où on ne forme pas le citoyen à son rôle de responsable de citoyen », estime Jules Collier, président fondateur de l’Association pour le Soutien et l’Etude du Vieillissement (ASEV), âgé de… 83 ans. « On vit dans une société où on vous dit ‘vous avez des droits’, mais pas ‘vous avez des devoirs’. Or, la responsabilité, c’est l’abc de la prise de connaissance de ses devoirs. La prévention est un domaine où il est difficile de convaincre, que ce soient les jeunes, les adultes jeunes ou les adultes vieux. Parce que tant qu’on se sent bien, on n’a pas besoin de conseils et surtout pas qu’on vous dise ‘il faut se faire vacciner’. C’est un phénomène de société, et c’est dommage parce que c’est une irresponsabilité. » A méditer…
Myriam Marchand
12/10/2004
|
|
|